All it takes is one – Women’s Soccer France

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Les histoires de rencontres sont pléthores. Les petites rencontres, celles qui te font sourire à une inconnue dans le métro, les grandes, celles qui changent ta vie, à jamais. Toutes issues du hasard, qu’elles soient réelles, virtuelles, métaphoriques, douloureuses. Je me souviendrai sans doute toujours de ce 6 juillet 2015. Quand j’ai rencontré de plein fouet le football féminin.

Le déclic

J‘oublierai sans doute les détails, ce que je faisais précisément, la date. Mais pas ce moment. La finale de la FIFA Women’s World Cup, à Vancouver, opposant les Etats-Unis au Japon. Je n’étais pas spécialement fan de football, et les sordides affaires avec les joueurs masculins ne me donnaient pas envie de m’y intéresser. Par défaut, j’étais même hostile à ce sport. J’avais regardé les coupes du monde avec mon père, puis je m’en étais désintéressée presque aussitôt. Un peu plus tôt, une amie m’avait dit : « tiens, Lisa, si tu ne fais rien, W9 diffuse le quart de finale de la Coupe du Monde féminine, France – Allemagne. » Je n’avais rien à faire. Pourquoi pas, après tout. Après un peu plus de 90 minutes de jeu, la France se fait sortir aux tirs au but. Et là, je me retrouve un peu coincée : mince, ce que j’avais vu m’avait plu. C’était du beau jeu, technique, intense, et les filles n’ont rien lâché, jusqu’au dernier moment. Mais je n’avais plus d’équipe à soutenir, petite newbie que j’étais. J’avais lu sur Yagg deux ou trois papiers sur Megan Rapinoe, la midfielder américaine totalement out qui avait évolué pendant un moment à Lyon. Alors je me suis mise à suivre l’USWNT – pour United States’ Women’s National Team -. Elles écrasent l’Allemagne 2-0 en demi finale et terminent donc en finale, contre le Japon, dans ce que j’apprendrais être plus tard un rematch de la finale de la Coupe du Monde 2011, qu’elles avaient perdu.

Comment un match de football a pu autant me bouleverser, je me le demande encore. Toutes ces émotions confuses. Il est 3h du matin, j’ouvre ma bière – oui, je suis un cliché – et les filles de Jill Ellis entrent sur le terrain. Carli Lloyd, la capitaine, en tête, le regard grave, les lèvres pincées en une fine ligne sérieuse. Est-ce qu’elle savait, à cet instant, qu’elle écrirait l’histoire dans un hat trick – un triplé – extraordinaire ? Je vois Ali Krieger, la défenseur et capitaine des Washington Spirit, et j’ignorais à cet instant que j’allais être fascinée par cette femme. Je vois Abby Wambach sur le banc et j’ignorais qu’elle changerait ma vie. Le coup d’envoi. 3e minute, Carli Lloyd ouvre le score. J’ai des problèmes avec mon stream et me résous à rafraîchir la page. J’entends ma pote hurler dans le TeamSpeak. Je viens de rater, en l’espace de 110 secondes, le doublé de Carli Lloyd, sur un coup franc de Lauren Holiday. J’ai la rage et l’excitation commence à monter.

Puis, quelque chose change, définitivement. À la 16e minute. Carli – oui, parce que maintenant, je l’appelle Carli – vole la balle au Japon. Elle est en plein milieu de terrain. Elle court quelques foulées. Et tire. Je me souviens qu’à ce moment-là, en regardant la balle s’envoler, je me dis « mais qu’est-ce qu’elle ***nle ? Ça ne rentrera jamais.« . Et au fur et à mesure que la caméra zoome sur la trajectoire parfaite de ce tir improbable, je me dis que si, que ça va passer, et que j’ai tort. Quelques secondes interminables plus tard, la balle est effleurée par le gant de la goal japonaise, et rentre dans la cage. 4-0. La joie qui se lit sur le visage de Lloyd est extraordinaire. Lloyd court vers Hope Solo, la gardienne titulaire, bientôt rejointe par toute l’équipe. L’embrassade, la joie, les larmes. Tout ceci me percute comme un train lancé à pleine vitesse. Le déclic silencieux est là. Il y en aura d’autres : lorsque la légende Abby Wambach, meilleure buteuse de tous les temps, hommes et femmes confondus, entre sur le terrain, il se passe quelque chose de bizarre. Carli Lloyd va la voir sur la touche, elles se parlent, Wambach fait un vague geste de la main en riant. Lloyd insiste visiblement et lui passe le brassard de capitaine. Est-ce que c’est quelque chose de commun, me demandai-je. J’oublie un peu et me reconcentre sur le match.

Ali Krieger (11) et Sidney Leroux (2), à la finale de la Coupe du Monde

Le coup de sifflet final, sur le score implacable de 5-2. Carli Lloyd tombe à genoux et laisse des larmes de joie rouler sur ses joues. Ali Krieger s’effondre à son tour. 2011 est exorcisé. Meghan Klingenberg et Becky « The Broon » Sauerbrunn, la reine de la backline défensive, entament un tour d’honneur au grand galop, la bannière étoilée flottant entre elles-deux. La caméra suit Abby Wambach, pour qui cette Coupe du Monde sera la dernière d’une carrière extraordinaire. Elle se détache de ses équipières et court vers les tribunes. Une jeune femme se penche. Elles s’embrassent – Getty Images dira qu’elle est allée donner l’accolade à une « amie » -. Mon coeur s’arrête un instant. Je sais que cette photo fera le tour du monde, surtout avec l’adoption du mariage homosexuel pour tous les états encore tout frais. Et quand je repense à ces images, j’en ai encore des frissons. Chacune à leur manière, ces 23 joueuses venaient d’inscrire quelque chose dans le grand livre du sport. Et c’était beau. Comme le dit Abby Wambach : « all it takes is one« , pour changer une existence.

Abby Wambach kisses Sarah Huffman - FIFA WOMEN'S WORLD CUP 2015

J‘apprendrai plus tard que Carli Lloyd a insisté pour donner le brassard à Wambach, parce qu’elle voulait qu’elle le porte pour sa dernière finale. Qu’elle l’ait lorsqu’elle remporterait le dernier titre qui lui manquait, avant ses adieux. Et parce qu’elle serait à jamais sa capitaine. Wambach le donnera au moment de soulever sa coupe à la vétéran Christie Rampone, 40 ans, dite « Captain America », dans un même geste de respect et de reconnaissance. J’apprendrai aussi que juste avant la finale, cette même Wambach avait délivré un discours rempli d’émotion et surtout d’espoirs à l’adresse de toutes les jeunes filles qui ont un rêve, qu’il soit sportif ou autre (la vidéo, sous-titrée par mes soins, est visible ici). Un discours qui apprend à accepter l’échec et le sacrifice, pour mieux se relever. Et j’apprendrai à les connaître, à écouter ce qu’elles ont à dire. Parce qu’à travers leurs mots, ce sont ceux de toutes celles qui ont dû se battre pour parvenir à s’imposer et à dominer un domaine soi-disant réservé aux hommes. Ou tout simplement dû affronter des discriminations inhérentes à leur genre. Parce que ma passion pour le football féminin transcende largement le sport pour embrasser quelque chose de plus large. Parce que leur humilité et leur engagement, que ce soit pour la cause féministe ou LGBTQ, m’ont touchée.

L’initiative

La seule chose que je sais bien faire, c’est écrire. Et plus j’en apprenais sur les joueuses US – bien plus médiatisées que les joueuses françaises, et bien plus engagées par la force des choses -, plus je comprenais la nécessité de plus les écouter et mieux les entendre. Pour moi, parce qu’elles sont arrivées pile à un moment de ma vie où j’avais besoin de Role Models. Pour les autres aussi – oui, j’ai fait un stage dans l’armée de Terre -. Parce qu’on a besoin d’espoir. On a besoin de se battre. On a peut-être aussi besoin de reconnaître notre valeur et réapprendre à compter sur d’autres personnes. L’esprit du sport, pur. Loin des préoccupations financières, ou plutôt clairement inscrit : l’inégalité est omniprésente. De là est née l’initiative Women’s Soccer France. Avec mes petites mains, mon associée et ma newseuse, on se lance dans l’aventure. Parce qu’on a envie de mettre en avant les initiatives faites en faveur du football féminin à travers le monde. Parce qu’on a envie que l’inspiration provoquée par ces joueuses touchent et aident le plus grand nombre, avec cette même humilité. Parce qu’on apprend autant que l’on transmet : par exemple, je n’aurais jamais cru que l’insertion du football féminin au Rwanda aurait un impact socio-économique dans le pays. Parce qu’on a aussi cette vision très européenne, un peu individualiste.

Alors on écoute un peu le monde. On regarde les initiatives. On va chercher les joueuses, les membres du staf, qu’elles appartiennent à l’USWNT, à la National Women’s Soccer League, à l’Equipe de France, ou dans un petit club de province de toute petite division. Parce qu’on a toutes quelque chose à dire et à apprendre. Nous, chez Women’s Soccer France, en premier. Bien sûr, il y aura les news que nous pourrons couvrir avec notre équipe réduite, mais surtout des dossiers pour découvrir les initiatives pour faire avancer les choses dans le sport. Et c’est aussi un plaisir et un honneur que prendre part à l’aventure WALF. J’espère qu’on vous touchera un peu avec nos histoires de foot. Voilà. Je m’appelle Lisa, j’ai 23 ans, et je parle de football féminin – et de pleins d’autres trucs aussi.

À bientôt !

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Fan de football féminin, spécialiste de la National Women's Soccer League, USWNT addict. J'adore faire des Starting XI improbables sur FIFA 16. Seattle Reign FC has my support but Washington Spirit has my soul. Fondatrice de Women's Soccer France, toujours à la recherche des initiatives en faveur de la visibilité féminine dans le sport. Sinon, j'aime les jeux vidéos et le cinéma, et il paraît que je fais les meilleurs statuts Facebook du monde. Enjoy !

6 COMMENTAIRES

  1. Lisa, il est génial ton article. Je ne suis pas hyper foot ( tu as pu le constater ) mais à cause de ces mots je risque de m’y intéresser. Merci 🙂

  2. Très bon article, comme dit LuD, ça donne vraiment envie de s’y mettre, de ressentir tout ça, cette ferveur, cette communion fabuleuse. Merci Lisa !

  3. Très bel article, J’ai découvert le foot féminin lors de la coupe du monde et j’ai fait « wouah  » moi qui n’aime pas le foot en général , je ne regarde plus cela de la même manière depuis … Leur jeu vous prend aux tripes tellement que c’ est beau et tellement qu’elles sont belles ! Si vous zappez par là un jour de foot, arrêtez vous et regarder …

    • Merci bzeaucoup Soleil ! Et ce sont des vraies battantes. Mon seul regret est de galérer à trouver un stream potable pour les matches US, mais sinon all green 😉

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